L’avenir d’Araok – Pourquoi Araok ne sera sans doute jamais une boite avec 30 personnes.

Il y a bientôt 3 ans, lors d’une interview, j’avais parlé de la croissance de mon entreprise Araok, et de ma vision d’alors sur ce qu’elle pourrait être dans 3 ans, dans 5 ans.

En 2008, je pensais que :

  • Le marché avait réellement besoin de conseils en e-commerce
  • Le besoin est suffisamment fort, avec suffisamment de demandes, pour faire vivre en France une boite de 20, 30 personnes
  • Ma vision d’alors était de monter une équipe de consultants, avec l’idée de recruter des « p’tits jeunes qui n’en veulent », avec des expériences variées : technique, e-marqueting, …
  • L’idée était de faire travailler, sur chaque mission, au moins un tandem avec des profils différents

J’ai revu ma position 😉

Le modèle de croissance d’Araok est bien plus modeste.

Il s’apparente au modèle que j’ai vu fonctionner chez les avocats, ou les architectes.

C’est un modèle assez simple : un consultant senior (heu, moi 😉 ) bien entouré par un réseau d’experts, pointus sur différents métiers, et accompagné en interne par quelques consultants plus junior.

Ce modèle marche très bien, mais n’est pas « scalable ». Il permet de monter à 4, 5 personnes, plus quelques stagiaires, pas plus.

Alors, pourquoi ce changement de cap ?

Pour une raison simple : la qualité du travail.

Je ne sais pas, aujourd’hui, tout déléguer.

Parce que le savoir faire mis en oeuvre sur les missions n’est pas décrit dans un document de référence, parce qu’il n’y a pas de formation sur ces sujets…

On est sur un savoir faire « expert », basé sur un mix entre l’expérience, la culture acquise auprès des nombreuses missions réalisées, …

Je ne veux pas, je ne « peux pas » prendre le risque de dégrader la qualité.

Quand je discute et écoute ce qui se fait sur le marché, je vois beaucoup de dogmatisme… ce qui est complètement en opposition avec ma vision de ce métier : on ne sait pas toujours expliquer le pourquoi du comment, mais on doit chercher l’objectivité. L’autre problème pour Araok est la relation avec les autres acteurs du domaine. Mon job est d’en connaitre le plus possible, et de recommander ceux qui seront le plus adaptés, dans le contexte du client. Je ne veux donc pas pousser tel ou tel acteur, pour des raisons commerciales ou financières… ce qui est, j’en ai la conviction, un vrai frein commercial.

Alors, comme le besoin existe bel et bien, je sais que, si Araok ne prends pas « fortement » ce marché, la place va être prise par d’autres boites, qui, disons le clairement, n’auront très certainement pas trouvé de réponse au problème que je pose, mais auront une approche, disons, moins qualitative. J’en connais déjà une, qui vient tout droit d’un autre pays européen ;). Je connais l’équipe, et on est très loin de ce qui est ma vision d’une « bonne équipe » pour traiter nos sujets favoris.

Et bien tant pis, je préfère rester « petit », et bien dormir le soir, parce que je sais que la qualité n’aura pas été brocardé ;).

Et puis, surprise, Araok évolue, et prépare le lancement d’une nouvelle activité.

Une activité bien sûr complètement en lien avec le métier de conseil en e-commerce…

Mais, chut, je vous en dirais plus un peu plus tard 😉

26 commentaires

  1. Si c’est pas du billet teasing ça ! 🙂
    Je reconnais bien là ta volonté du travail bien fait et ta perpétuelle quête d’objectivité. C’est sûr que c’est loin d’être simple et que c’est bien plus facile (et tentant) de céder aux dogmes et aux sirènes financières. Ces principes t’honorent, ce sont eux qui m’ont donné envie de faire un bout de chemin à tes côtés et je suis bien content de voir que tu persistes dans cette voie.
    Bon bin maintenant j’ai super hâte de découvrir cette mystérieuse « nouvelle activité » ! C’est pour quand la révélation officielle ? 🙂

  2. @Benjamin> Merci pour ce commentaire sympathique 😉
    La nouvelle activité devrait démarrer d’ici quelques semaines… Je te tiens au courant, mais je préfère démarrer prudemment.

    @Tanguy> J’ai l’impression de lire pas mal de blog e-commerce, mais je suis pas sûr de voir… Parce que c’est un sujet foireux ?

    @Olivier> Quand tu veux

  3. Je ne suis pas d’accord avec ta vision.

    Un travail de qualité ne peut pas être apporté par tout le monde. Je suis d’accord.
    Mais dire que tu es « le seul » (d’accord ce n’est pas dis comme cela 😉 ) à pouvoir le faire est, je trouve, un peu limite.

    Tu indique que c’est ton modèle.
    Mais tout le travail n’est il pas justement la: Adapter ton modèle, former les gens qui t’accompagne pour qu’ils deviennent des jedi ?

    A te lire, « j’interprète » que parmi les personnes qui t’entourent, tu ne trouve personne qui pourrait un jour « t’égaler » ou monter la team 2 araok.

    Bon après c’est vrai que si tu ne leur délègue rien c’est compliqué.

    Mais tu peux monter à 10 personnes.
    Si le marché est la, il te faut « juste » former ton équipe, créer les process.
    Et virer les mauvais de la place 😉

    C’est un autre job, ce n’est pas facile.
    Mais, la qualité n’est pas un frein. Je ne suis pas d’accord.

  4. Très beau billet plein d’humilité et de simplicité !
    François est aux antipodes des « Vivez la vie de vos rêves grâce à ma méthode » et autres « 14 000 € par mois après 1 an et demi de blog » que l’on voit fleurir en grappes sur le web ces temps-ci…
    Juste une belle personne qu’il est précieux de côtoyer.

  5. @Christophe Denuziere> Heu, si je peux me permettre, ton commentaire n’est carrément pas clair.
    Comme tu le dis, je ne prétends absolument pas être le seul à faire de la qualité.

    Je dis par contre que je ne sais pas déléguer au delà d’un certain point.

    J’ai la chance de travailler, ou d’avoir travaillé, avec des personnes de grande qualité. Ce n’est pas la question.

    @Christophe> Alors là, je suis sans voix. Que d’honneur !
    Merci donc pour ce commentaire qui me touche !

  6. @François> Oui, pourquoi pas.

    Je le fais, mais je ne pense pas que ça soit une bonne idée d’avoir des designer en interne. Ils font plutôt parti du réseau proche 😉

  7. C’est biennnnnn ces posts d’expériences toujours formateurs : Merci !
    Subtil teasing en effet, Benjamin a raison.

    MAIS : Il ne faut jamais dire jamais 😉
    « Il ne faut pas se foutre de la gueule des riches… On ne sait pas ce qu’on peut devenir » – Frédéric Dard

    Longue vie à Araok quelle que soit sa forme 🙂

  8. Un commentaire par forcément constructif.

    Ce billet me fait penser à Jerry Maguire qui écrit sa profession de fois en disant « moins de client pour plus de qualité ». Tout le monde l’applaudi, son patron y compris, mais il finit pas être viré !

    Alors je sais t’as pas dit directement moins de client, mais indirectement la taille de Araok induit moins de client.

    Alors ce billet c’est plus une exercice d’auto conviction ou une conclusion ?

    Contrairement à toi je suis d’accord Christophe Denuziere. Plutôt que d’affirmer que le fonctionnement d’Araok n’es pas scalable un peu de façon péremptoire , je te conseil de travailler sur ta capacité à déléguer et trouver/détecter et former des collaborateurs de qualité. C’est angoissant de déléguer mais tellement bon …. lol

    Qu’en penses-tu ?

  9. Bonjour François,

    Dire que plus on est nombreux, plus la qualité se dégrade me paraît réducteur et simpliste. Le conseil n’est pas un métier scalable dans le sens où on ne peut pas faire 1M d’euros pas tête, mais il est scalable dans le sens où des cabinets de conseil généralistes peuvent être 100, 200… 500 (Cf. des CapGemini Consulting, AT Kearney, BCG, etc.).

    L’enjeu principal si on veut faire du conseil sur le web, c’est de trouver les compétences. Et dieu sait qu’elles sont rares. Les consultants qui ont le potentiel pour appréhender l’ensemble des enjeux liés au web ET qui ont une vraie vision business sont très difficiles à trouver. Si je caricature, soit on tombe sur de jeunes webeux qui ne comprennent rien à un PnL, soit on tombe sur des jeunes diplômés de grandes écoles qui ne comprennent rien à un code HTML.

    Ensuite, il y a la question de la maturité des clients (divisions Internet, j’entends). Aujourd’hui, ça ne me sert pas à grand chose aujourd’hui d’embaucher des X et des ENSAE, parce que les divisions Internet ne sont pas encore prêtes à payer 1500€ / j pour un junior (regardons les tj des cabinets de conseil en strat.). Mais en même temps, il m’est impossible d’embaucher des ressources peu formées si je raisonne sur le long terme. Il faut donc trouver les pépites, c’est compliqué et je te rejoins sur ce point. Maintenir et même faire progresser la qualité passe par ces nouvelles compétences à former dans le temps – et à conserver. C’est clairement un travail de long terme.

    Enfin, les missions où on staffe 3 ou 4 personnes ne sont pas les mêmes que les missions qui nécessitent l’appel à un expert entouré d’un stagiaire. L’attendu d’une mission de conseil à 50k ou 100k est bien différent de l’attendu d’une position d’expert à 10k. Quand on a un audit de stratégie internet et 30 personnes à interviewer en 2 semaines, on ne peut tout simplement pas le faire dans le cadre d’une équipe réduite. La notion de « qualité » est donc une notion très subjective.

    Personnellement, je crois bien au développement d’une offre qualitative de conseil sur le web, et je n’y ai jamais autant cru, même si les challenges ne sont pas évidents à relever.

    Thomas Faivre-Duboz

  10. @ jérôme> Hey, tu fais comme tu veux de ton côté.
    Moi, je suis patron d’Araok, et je me sens légitime à choisir la stratégie qui me va bien !
    Si tu veux faire autrement, mieux, vas-y !

    @Thomas> Ce n’est pas réducteur en ce sens que je précise bien que c’est ma perception, mes limites, …
    Si tu fais mieux, tant mieux ! Ce qui est sûr, c’est que tu fais différemment, nous n’avons pas le même parcours, la même culture.

    Sincèrement, je ne sais pas comment vous travaillez, ni la qualité de ce que vous produisez.

    Je vous souhaite donc « tout le bonheur du monde » sachant qu’à ma connaissance, notre marché est tellement vaste qu’on n’a jamais été en concurrence frontale.

    Donc ce billet, c’est un billet finalement assez intime, ou je dévoile mes limites, mes envies, mes convictions.

  11. Dans le billet de François, je lis surtout une remise en cause personnelle partagée avec sa communauté de lecteurs. Cela démontre de la modestie et de l’humilité.
    Le fait de faire de la qualité avec 1 ou 100 consultant n’est, à mon avis, pas du tout le sujet du billet.

  12. Bon bah je crois donc que bon nombre de personnes ayant commenté n’ont pas compris le billet ….

    « si Araok ne prends pas « fortement » ce marché, la place va être prise par d’autres boites, qui, disons le clairement, n’auront très certainement pas trouvé de réponse au problème que je pose, mais auront une approche, disons, moins qualitative. »

    Ça ne m’avait pas l’air plus intime que ça mais plutôt un jugement.

    Mais bon t’es le patron d’Araok et moi je fais ce que je veux … C’est ce que je me répéterai dorénavant lorsque l’envie me prendra de poster un commentaire…

    1. Bon. Tu as raison sur ce point. J’ai effectivement la conviction, étayée par ce que j’ai vu sur le terrain, que sur ce métier, la taille de la boite amène plutôt une baisse de qualité. Ca doit être possible de faire mieux, mais je ne l’ai juste pas vu.
      Après, effectivement, pour ARAOK, il me semble que je peux légitimement choisir ma stratégie.

  13. François,

    Bien évidemment que tu choisis la stratégie de ta société, je n’ai jamais voulu ni pensé un seul instant le contraire.

    Des fois (souvent) le problème avec les commentaires c’est qu’on a du mal à faire passer les intentions, les sentiments/émotions. C’est là que les quiproquos arrivent …

    1. C’est vrai, et c’est, je trouve, un peu toujours le cas avec l’écrit. On ne bénéficie pas de toute la richesse de la « communication non verbale ».

  14. Hello,

    (premier post ici mais on aura peut être l’occasion de travailler ensemble, qui sait !)

    Je ne travaille ni dans le conseil, et ne suis pas entrepreneur. En fait côté intégrateur, du côté… vente.

    Le changement de stratégie, passer de croissance à pérennité, ou rentabilité, faire de la qualité, est un choix et à vrai dire tu es le seul à le faire, l’idée étant d’apporter une vraie valeur ajoutée, que ce soit pour les intégrateurs finaux, ou bien sûr pour le client.

    Or, par – modeste, je reste jeune – expérience, peu de clients ont la vraie maturité de la valeur ajoutée de l’accompagnement stratégique. Beaucoup veulent un site « eCommerce » parce qu’il faut en avoir un, ou parce qu’ils voient le ROI possible.

    Et quand on parle ROI, rien que voir certains budgets pour l’intégration, j’imagine que le métier est difficile en consulting / AMOA.

    En tout cas, je te souhaite courage, et réussite, rien que pour la volonté, la présence.

    Vincent, lecteur assidû.

  15. Et au fait le McKinsey du e-Commerce alias mes amis de Converteo ils sont combien ? C’est juste pour relancer un peu le débat 😉

    /Olivier

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