L’art de prendre la bonne décision

Billet dans la série management donc…

A mon sens, il y a deux points particulièrement difficiles dans le management : le recrutement et la prise de décision.

Décider !

Un manager doit décider. On dit souvent qu’il vaut mieux une mauvaise décision que pas de décision du tout.

Je ne suis pas sûr d’être d’accord. A mon sens, une décision mal prise ne vaut pas grand chose. Donc, je pense que comparer “mauvaise décision” et “pas de décision”, c’est un peu comparer la peste et le choléra ;).

Pour moi, les difficultés sont :

  • Effectivement, prendre des décisions ;
  • Les prendre de manière à ce qu’elles soient acceptées par l’équipe (a quoi ça sert de décider si la décision n’est pas vraiment acceptée, et donc pas bien mise en œuvre) ;
  • Ne pas changer tous les jours, ne pas être dans le mode “le dernier qui a parlé fait changer la direction” ;
  • Ne pas forcément prendre la décision correspondant à l’avis du plus grand nombre. Je suis complètement convaincu qu’une entreprise n’est pas une démocratie : le processus de décision ne peut pas être un vote !

Il me semble que la clé passe par plusieurs points :

  • Prendre du recul, et ne pas décider trop vite. Bien être sûr d’avoir tous les éléments pour décider.
  • Prendre le temps de recueillir l’avis des personnes concernées. Comme évoqué plus haut, ça ne veut pas dire qu’on va faire ce que veut la majorité, mais c’est dire clairement : “votre avis m’intéresse, avant de décider, j’ai besoin de votre point de vue”.
  • Il ne suffit pas de prendre l’avis des équipes. Si on leur demande leurs avis, et qu’on ne fait pas de feed back, qui montre que l’avis des équipes a été vraiment écouté, c’est presque pire que de rien demander du tout (”ils nous demande notre avis, mais ne nous écoute pas vraiment”).

Il y a les cas simples, qui ne sont pas très intéressants ;). Par exemple, si tout le monde est d’accord, y compris celui qui doit prendre la décision, c’est trop facile.

Les cas plus compliqués, c’est bien évidement quand le décideur a un avis, qui n’est globalement pas partagé par la majorité des équipes.

Comme je l’ai déjà dit, c’est tout à fait normal, possible.

Si on reprend : on expose la question et les alternatives, on recueille les avis, on pèse le pour et le contre, on décide, et on communique sur cette décision.  Ensuite, il faut être inflexible : la décision est prise, on doit s’y tenir (”se soumettre ou se démettre” comme on dit).

Tout l’art est donc dans la communication suite à la décision.

Mon conseil est de reformulé les avis des uns et des autres, pour bien montrer qu’on a bien écouté.

Ensuite, on donne le choix qui est fait, en justifiant ce choix (vision stratégique, analyse de faisabilité, …).

Voilà, c’est mon avis, mais je sais qu’il y a d’autres manières de faire. J’en parlais à un amis, chef d’entreprise, qui me disait que lui ne discutait pas les choix stratégique avec les équipes. Il pense que cette discussion est déplacée, déstabilisante pour les équipes. On attend du chef qu’il prenne les décisions, point.

Il me disait également que ça n’empêchait pas la discussion, puisque les gars malin de l’équipe pouvaient tout à fait envoyer des mails, avec des propositions, des suggestions, … et donc infléchir, ou tout au moins tenter d’infléchir les décisions…

Et vous, comment vous prenez vos décisions ?

Manager : en savoir plus que les équipes ?

Une petite histoire pour commencer :

Je me souviens d’un peintre, venu poser du papier peint chez moi.

Le gars était très intéressant. On a rapidement sympathisé.

C’était un ancien “cancre”, complètement inadapté au système scolaire.

Il a ensuite appris le métier de peintre sur le tas, en étant apprenti.

Ensuite, il a monté sa boite. Comme il fait du bon boulot, qu’il est malin comme tout, ça a bien marché (les enfants, allez vous coucher, et ne lisez pas ce billet, ou je dis qu’on peut réussir dans la vie après avoir été en échec à l’école).

Maintenant, sa boite se développe très bien, avec plus de 10 personnes. Il a trop de boulot.

J’ai discuté avec lui de son mode de management.

Sa réponse fut simple : “je me fais respecter car je suis le meilleur, le plus rapide, avec le travail le mieux fait”.

Et il faut reconnaitre que c’est vrai : il travaille très vite tout en faisant un travail vraiment impeccable !

Ce mode de management est il tenable ? Est il “scalable” ?

Je ne pense pas.

Je repense à une présentation qu’avait fait Steve Jobs, où il expliquait que si on est mettons un “A”, et qu’on recrute un “B” (juste un peu moins bon), on va très rapidement se retrouver avec une entreprise de “Z” !

Donc, si on veut monter une entreprise qui doit croitre, on doit être capable de recruter des personnes meilleures, plus compétentes que soi sur certains sujets.

L’autre point est la très grande diversité des sujets à maîtriser. Si on parle de management technique, doit on être un expert réseau, expert développement, expert base de données, … ? C’est simplement impossible.

Donc, bien évidement, la solution est de manager des personnes plus fortes que soit, dans leurs spécialités.

N’est-ce pas dangereux ?

Non, si on s’y prend bien :

  • Un manager n’est pas là pour se mettre en compétition avec les équipes, ni à tirer la couverture à lui. Si un gars de l’équipe a fait un truc super, cela doit se savoir, tout le mérite doit revenir directement au collaborateur qui a bien bossé. Le manager en tirera également le bénéfice, de manière indirecte (il a su le recruter, il a su donner un environnement permettant de bien travailler, …).
  • Un manager doit fixer les objectifs et les moyens de les atteindre. Il doit donc suffisamment comprendre le job pour être capable de le suivre. Cela ne veut pas dire qu’il aurait été capable de le faire.
  • Quand on recrute un collaborateur, on doit mesurer la performance “sur le fond”, le métier. Si le gars est très fort, super. On doit également mesurer la dimension humaine, et se poser la question : “saurai-je le manager ?”. Si un doute subsiste, c’est pas bon signe…