Le e-commerce en 2020

Les équipes de Catherine Barba m’ont interviewé, longuement, sur ma vision du e-commerce en 2020.

Voici a peu près ce que j’ai dit (j’étais en voiture, c’était donc de l’impro 😉 ):

Au niveau marché

On devrait être en fin de croissance forte telle qu’on la connait aujourd’hui. Le e-commerce devrait être au niveau de ce qu’il est en Angleterre ou en Allemagne, soit plus de 250 000 sites en lignes.

En 2020, la croissance devrait donc être moins forte.

Cela ne veut pas dire que le marché n’évolue plus, mais on n’est plus dans un contexte de croissance rapide, et pour se faire une place, il faudra se battre plus.

e-commerce depuis quel support ?

Mon hypothèse est que la diversification des terminaux d’accès : ordinateur, téléphone, tablette, … va s’accélérer.

En fait, en 2020, l’accès depuis un ordinateur commencera à bien se réduire.

C’est la suite logique de la révolution, initiée par Apple, d’abord avec l’iPhone, puis transformée avec l’iPad et les autres tablettes Androïd : on accède à internet depuis un « truc » qui n’est pas un ordinateur.

Cela va se poursuivre, et sera donc bien développé en 2020.

La conséquence est que cette diversification des modes d’accès est un challenge fort ! Comment publier le service, avec une expérience de qualité, sur tous les supports ?

Il y aura probablement des solutions techniques apparues en 2020, mais cela restera, j’en suis convaincu, un sujet clé, pour plusieurs années encore !

Bon, c’est évident mais ça va mieux en le disant : l’accès mobile, à haut débit, va poursuivre son développement, boosté par l’arrivée de la 4G.

du e-commerce plus immersif

Le HTML 5 arrive… En 2020, il sera mature, généralisé.

Cela veut donc dire des sites plus immersif, plus interactifs, plus multi média.

Regardez tout ce qu’on peut imaginer sur l’iPad pour avoir une idée de ce qu’on peut faire !

e-commerce et multi canal

On parle ici de canal de vente : vente en ligne, vente en magasin, via un catalogue papier, via un call center…

C’est un thème qui se sera sans doute bien développé, parce que cela correspond à un vrai besoin du marché. Pour le client, la marque qui vend est unique, et le client souhaite donc une expérience cohérente, qu’il soit en ligne ou dans un magasin.

Maintenant, il n’y a pas a attendre de réponse miracle : c’est un sujet intrinsèquement complexe… et passionnant.

e-commerce local

C’est là aussi une grande tendance : le web, d’une manière qui peut sembler paradoxale, va se développer avec la prise en compte de plus en plus forte de la géolocalisation.

Cette tendance est boosté par l’intégration d’une puce GPS dans les terminaux d’accès à Internet. Puisque le terminal sait ou il est, on peut adapter le service en fonction du lieu du client. Google ne s’y est pas trompé en investissant massivement sur ce sujet.

C’est une tendance très lourde à mon avis, rendue encore plus importante par la nécessité de prendre en compte le facteur « vert »…

e-commerce et écologie

La Fevad avait fait faire une étude, sur l’emprunte carbone du e-commerce.

Le bilan était clair : le e-commerce est moins polluant que le commerce traditionnel.

Mais on peut, on va aller beaucoup plus loin, en particulier grâce au e-commerce local : les deux aspects (géolocalisation du web et e-commerce écologique) sont donc complètements liés.

Je trouverai sympa de définir un label vert, pour les sites, en fonction des efforts pour limiter l’impact écologique : limiter la consommation d’emballage, optimiser les livraisons, optimiser les serveurs pour consommer moins, …

Développement de vrais services d’intermédiation

Aujourd’hui, entre les marchands, et les clients, les services restent assez limités.

C’est là que sont positionnés les moteurs de shopping (voir ce que j’en pense ici).

Je suis convaincu que de nouveaux services, plus sociaux, vont se développer à ce niveau là, parce que c’est un bon endroit pour créer de la valeur pour les clients.

Qui vend en ligne ?

Ca c’est une bonne question ;).

Par rapport à ce qui se passe actuellement, on peut imaginer deux évolutions différentes :

1) Les gros mangent les petits et représentent 90% des ventes : le marché se consolide, et l’avenir appartient à des « supermarchés en ligne ». Plus de place pour le petit e-commerce de proximité, ou en tout cas une place très limitée.

2) Le marché reste très diversifié, même si bien sûr quelques très gros acteurs existent.

La différence entre ces deux scénarios : les outils ! (voir Offre logicielle, plus bas) : le e-commerce est complexe, et ça va pas s’arranger, en particulier avec le multi canal et le multi support. Pour répondre à ces enjeux; il faut des solutions très performantes. Si ces solutions se développent bien, le « petit » e-commerce à ses chances, sinon, on assistera à une très forte concentration du marché.

Logistique et transport

Gros enjeux sur ce sujet bien sûr ! L’offre doit évoluer pour accompagner la croissance. On devrait voir se généraliser des offres de plus grande qualité : meilleur suivi, créneaux de livraisons plus précis, à des heures plus compatibles avec les horaires des « gens normaux ».

Offre logicielle

Bon, si vous me connaissez un peu, vous savez que c’est mon dada 😉

C’est l’un des plus gros enjeu de ce secteur. Il faut que des solutions, très pro, se développent, pour permettre à tous les marchands de vendre en ligne « plus et mieux ».

Bien sûr, il existe pleins de solutions, mais ma perception est qu’il reste beaucoup, beaucoup à faire :

  • Les offres sont très morcelées. En même temps, il ne faut pas espérer sur des solutions tout en un, pour des sites d’une certaine ambition : les besoins sont trop larges pour être couvert par un seul acteur ;
  • Beaucoup d’offres restent très marketing, avec peu de valeur quand on creuse un peu…
  • Les besoins évoluent très vite, parfois plus vite que les offres !
  • Beaucoup de besoins restent sans solution, en particulier pour certains acteurs du marché.

Je pense que les choses vont évoluer avec :

  • Des offres SAAS (voir ce que propose demandware pour avoir une idée de solutions SAAS évoluées)
  • Des offres ouvertes (voir salesforce pour comprendre ce que c’est que le SAAS ouvert)

Il faut s’attendre à plusieurs choses sur ce marché :

  • Plus de concentration : elle est souhaitable, de manière à avoir des offres suffisamment solides et suffisamment complètes
  • De nouvelles solutions : souhaitable également pour mieux répondre aux nouveaux besoins d’un marché qui bouge vite

Paradox ?

Peut être… En tout cas, ça sera l’un des sujets passionnant à suivre pour les 10 prochaines années.

Des évolutions ou des ruptures ?

Quelles peuvent être les vrais ruptures à venir ?

Dans tout ce que je viens de dire, on parle plutôt d’évolutions, pas de révolution, pas de vrai rupture.

Je n’ai fait que prendre les tendances actuelles, et à les projeter, les développer.

Par définition, les vraies ruptures sont difficile à prévoir.

Surtout, on peut prévoir des choses, mais il est très très difficile de prédire le timing !

Prenez l’internet mobile. En 1997, on savait bien que ça viendrait, mais il était impossible de prédire la date d’arrivée sur le marché. En ce qui me concerne, je me suis trompé de 10 ans sur ce sujet ;).

Il peut y avoir deux types de ruptures :

  • L’arrivée brutale d’un nouveau « truc » qu’on n’avait pas vu venir. C’est le cas par exemple avec l’arrivée, presque d’un coup, des écrans tactiles multi point.
  • Le développement d’un élément, qu’on a bien vu venir, mais quand son développement devient très fort, qu’il bouleverse tout, ça devient une rupture.

Donc, de nouveau, cette question : quelles peuvent être les vraies ruptures sur notre marché ?

Ah, pourquoi faut il que je me pose cette question en fin d’article ? C’est la question forcément la plus difficile…

 

Maintenant, certains grands acteurs du domaine peuvent bouleverser pas mal les choses…

  • Apple peut surement encore nous étonner, encore innover, avec d’autres équipements, encore plus simple à utiliser
  • Google peut réussir avec son PC Chrome, qui sonne le glas des système d’exploitations, tels qu’on les a connu ces 30 dernières années
  • Amazon peut compléter son légo, et proposer des solutions très innovantes pour construire son système d’information e-commerce

Et vous, vous voyez quoi, au delà de ces évolutions, comme révolution à venir ?

 

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10 commentaires

  1. Je crois François que c’est ton article le plus long depuis que je te lis. C’est a dire 5 ans ;).

    Je suis en phase avec tout ce que tu dis et je pense même que l’ecommerce en 2020 on ne mettra même plus de e devant. Ce sera du commerce tout simplement et les consommateurs trouveront normal d’accéder à leurs shop favoris via une tablette connectée.

    Et les soucoupes volantes voleront 😉

    Olivier Marx,Altics

  2. Merci pour cet interview j’ai été très intéressé par le côté geolocalisation lié au green business, je n’y avait pas pensé. L’optimisation « écologique » des serveurs d’hebergement est déjà en route doucement mais surement et ça serait intéressant de voir apparaitre en France une chaine exclu web (ou pas) qui propose dans chaque département (ou les départements les plus peuplés) un service de vente de produits provenant de l’agriculture. Donc pas de livraison, mais un point de vente. Cependant il faudra aussi calculé la pollution de chaque client venant au point de vente :S. A suivre… 🙂

  3. Bonjour François, Long billet 🙂
    Je me suis livré, il y a qql temps, à un excercice projectif en ce qui concerne les ruptures. Voila ce que j’avais « pondu », fidèle à moi-même dans une vision toujours très optimiste du monde ….

    Scénarii 1 : Bacterio-ecologisme
    – Les labo pharma & industries phytosanitaires, toujours aussi cupides ont souhaité maximiser leurs revenus en maîtrisant notamment la chaine de la peur (création de virus – création du vaccin ou du traitement). Comme cela devait arriver ils ont perdu le controle et toutes marchandises « transportées » sont potentiellement contaminées.
    => impact developpement de la tracabilité mais avec une défiance vis à vis des organismes « officiels ». Accentuation du dev des réseaux sociaux : Ou trouver qql chose de sain; Developpement des offres « locales »

    Scénarii 2: Climatologie
    – Le G8 ou 12 ou 36 s’englu dans les décisions à prendre pur sauver la planète du réchauffement. Conséquence montée des eaux, pertes des forêts primaires, pollution des sources eaux potables et donc diminution des terres arables, de l’eau « propre ». Mouvement massif de ppopulation etc.
    => impact developpement des nouvelles industries agro, accentuations des conflits internationnaux et des tensions nationales, developpement exponentiel de la violence quotidienne. La geolocalisation devient primordiale pour sauver sa peau (ou son les bandes ennemies, ou est la nourriture, etc.). Le eCommerce devient trop dangereux (vol, attaque de transporteurs) mais developpement des techniques de communication.

    Scénarri 3: Climatologie bis
    – Plus que la prise de conscience, les Nations oeuvrent à préserver notre monde. Réductions drastiques des déplacements à énergies fossiles.
    => Systématisation des échanges électroniques, developpement massif des offres « réalité virtuelle » pour les offres « digital product ». Production locale privilégiée (retour massif de l’artisanat) avec stratégie de partage du savoir et de diffusion des offres.

    Scénarii 4 : Terrorisme
    – Des terrorismes ont fait exploser une bombe à impulsion électromagnétique en haute atmosphere, bloquant ainsi tous les calculateurs du monde.
    => retour aux communications « traditionnelles » avec relais de poste et diligence
    Variante 1 : La chine est victime d’un attendat terroriste nucléaire => plus de production manufacturière chinoise qui ne soit infectée => plus de matériel électronique disponible (mobile, tablette, pc, …)
    Variante 2 : Destruction / contamination des gisement de métaux rares qui interviennent dans la fabrication des puces.

    Scénarii 5 : Crise financière
    – Les institutions financières ont persisté dans leur pratiques douteuses mettant à genoux les Nations. Faillites en séries, cataclysmes sociaux, paupérisation des populations, naissance de guerres civiles … Mise en place de régime « dictatoriaux » qui reprennent le controle et imposent des politiques de developpement d’offre de base et fixent les prix, nationalisent producteurs et distributeurs des denrées de bases
    => fin de la richesse de l’offre, plus de compétition commerciale, retour au ticket de rationnement mais électronique !

    Evidemment ceci avait pour objectif de tenter de « stimuler » le cogito de mes interlocuteurs de cette époque pour les faire sortir d’une logique de conservatisme – « On fait ce qu’on sait faire parce que ca marche bien ».
    Je livre ici ces scénario que parce que tu demandes des ruptures potentielles et que je crois que les ruptures, sont comme tu l’indiques, difficilement prévisibles et souvent proviennent des choses non en rapport direct avec le sujet
    Bonne journée

  4. Ping : pligg.com

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